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Histoire de la Chartreuse (2/2)

Publié le02/09/2020 Par
Aimer0

 

Dans une série de newsletters épisodiques dédiées à la liqueur de Chartreuse, nous vous avons présenté ses origines, son histoire depuis le XVIIe siècle, les caractéristiques de ses différentes époques de production... La liqueur de Chartreuse est intimement liée à l'Ordre des Moines Chartreux, qui la produisent depuis plus de quatre siècles. Voici son histoire.

  

Ep.8 : Le manuscrit

Nous sommes en 1605, l'année de naissance de l'élixir de Chartreuse. Dans le monastère des Chartreux de Vauvert (construit au XIIIe siècle à Paris, sous l'impulsion du Roi Louis IX), François-Annibal d'Estrées, alors Duc d'Estrées, remet aux moines un mystérieux manuscrit. A l'intérieur se trouve la recette d'un "élixir de longue vie", le rêve de tout alchimiste de l'époque.

Les frères s'empressent d'étudier la formule de cet élixir, car ils y voient un intéressant remède, aux nombreuses vertus thérapeutiques. Les recherches commencent et plusieurs prototypes imparfaits sont élaborés, mais le mélange de plantes médicinales est finalement mis de côté après une série d'échecs. En 1737, ils envoient le manuscrit à la Grande Chartreuse.

Les Chartreux de Grenoble reprennent les études de Vauvert et chargent le Frère Jérôme Maubec, leur apothicaire, d'analyser le fameux élixir. Il accepte et, pendant près de trente ans, travaille sans relâche. C'est en 1764 qu'il parvient enfin à élaborer la formule définitive de ce que les moines nomment à présent "Elixir Végétal de la Grande-Chartreuse".

  

Ep.9 : L'élixir

Dans la pharmacie de la Grande Chartreuse, le Frère Jérôme raffine la formule de l'Elixir Végétal, ajoutant du sucre, réduisant le taux d'alcool à 69° (il était à la base de 82°) et modifiant la couleur rouge pour la rendre verte. Il s'éloigne quelque peu de la recette originale, qui tenait plus de l'encyclopédie, mais conserve la base de 130 plantes médicinales.

Cet élixir est censé soigner de plusieurs maux, comme l'épilepsie, le choléra, les fortes fièvres, les indigestions... C'est pourquoi les moines le commercialisent pour en faire profiter le peuple. Le Frère Charles fait le tour des marchés de la région, juché sur son mulet, pour vendre les bouteilles miraculeuses. La commercialisation reste pour l'instant limitée.

Malheureusement, l'Histoire vient encore entraver le quotidien des Chartreux : en 1789, suite à la Révolution Française, l'Etat décrète que tous les biens écclésiastiques doivent à présent être mis à la dispositions de la Nation, de gré ou de force. Le monastère de la Grande Chartreuse est donc confisqué et l'Ordre se disperse, emportant avec lui la recette de l'élixir.

  

Ep.10 : Révolution

Officiellement expulsé de France en 1793, l'Ordre des Chartreux parvient à transmettre une copie du manuscrit contenant la recette de l'Elixir Végétal à un moine, Dom Basile Nantas, réfugié dans la Chartreuse de la Valsainte (en Suisse). Quelques années plus tard, il confie le précieux livre à Pierre Liotard, un ancien Chartreux devenu pharmacien à Grenoble.

C'est en 1810 que Liotard soumet la recette au Ministère de l'Intérieur de Napoléon 1er, qui souhaite alors réglementer (et donc contrôler) la fabrication ce qu'il nomme les "remèdes secrets". Mais le manuscrit est rejeté, l'Elixir Végétal n'étant pas secret car déjà connu par la population française, en plus d'avoir une formule sans doute trop complexe à exploiter.

En 1815, Napoléon 1er abdique, suite à sa défaite à Waterloo, face aux armées du Duc de Wellington. Il est emprisonné par les Britanniques sur l'île de Sainte-Hélène, ce qui permet aux Chartreux de revenir en France et de récupérer la recette de leur "élixir de longue vie" en 1816, à la mort de Liotard. La distillation, vitale pour la survie des moines, peut reprendre.

  

Ep.11 : Liqueur

Les Chartreux ont une idée : faire de leur désormais célèbre Elixir Végétal une véritable boisson que tout le monde puisse déguster. Ainsi, en 1840, la première Chartreuse Verte (55° d'alcool, surnommée "Liqueur de Santé") fait son apparition. Elle est suivie, la même année par la Chartreuse Jaune, plus douce (avec seulement 40° d'alcool), appelée "Reine des Liqueurs".

La Chartreuse est un véritable succès et, en 1848, les moines se rendent compte que leur nouvelle activité, qui remplace la vente de bois et la métallurgie, prend beaucoup de place. Voilà pourquoi ils construisent une distillerie dans le lieu-dit de Fourvoirie, à quelques kilomètres du monastère, où se trouve toujours leur forge (éteinte depuis 1792).

Face à une concurrence ayant flairé le bon filon (notamment la famille Meunier, qui possède une copie du manuscrit original et produit de la liqueur depuis 1840), les Chartreux veulent se protéger de la contrefaçon. Ainsi, en 1852, le Père Dom Louis Garnier crée l'image de la "marque" Chartreuse : sa signature à côté du blason de l'Ordre (un globe surmonté d’une croix).

Fourvoirie ouvre ses portes en 1860. Cette même année, la production d'une Chartreuse Blanche (avec 43° d'alcool initialement, puis 37° à partir de 1886), connue sous le nom de "Mélisse" démarre également. Ces déclinaisons de la Chartreuse Verte d'origine, elle-même une adaptation du fameux "élixir de longue vie" sont à présent fabriquées à grande échelle.

  

Ep.12 : Tarragone

Nous voici maintenant en 1903, deux ans avant la Loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Après avoir échappé à la dissolution, suite à un décret signé par Charles de Freycinet (le président du Conseil des ministres français) et Jules Ferry (alors ministre de l’Instruction publique), l'Ordre des Chartreux est finalement rattrapé par la justice française.

Les moines sont à nouveau expulsés du pays. Avant de partir, ils mettent le feu à toutes les plantes stockées à Fourvoirie, ne laissant à Henri Lecouturier (le "liquidateur" officiel du Président Émile Loubet, chargé de l'inventaire des biens confisqués par l'Etat français) que des cendres. D'abord réfugiés en Italie, ils ouvrent ensuite une distillerie à Tarragone, en Espagne.

C'est là-bas que les Charteux continuent de produire leur liqueur, refusant de changer le nom "Chartreuse" (qui appartient pourtant maintenant à l'Etat français) pour sa commercialisation, mais ajoutant une nouvelle mention sur l'étiquette : "Liqueur fabriquée à Tarragone par les Pères Chartreux". En France, elle est désormais surnommée "La Tarragone".

Pendant l'exil des moines, le gouvernement français décide de remettre en route la distillerie de Fourvoirie. Il vend la marque "Chartreuse" à la famille Cusenier, qui l'exploite via sa Compagnie Fermière de la Grande-Chartreuse. Malheureusement pour eux, l'entreprise n'arrive pas à reproduire la recette unique de la fameuse liqueur et fait faillite en 1927.

  

Ep.13 : Le retour

En 1921, les Pères Chartreux s'installent à Marseille et reprennent la distillation, sans néanmoins pouvoir utiliser le terme "Chartreuse". Ils gardent le nom "Tarragone" pour vendre leur liqueur. C'était sans compter sur la générosité de quelques entrepreneurs qui rachètent les actions de la Compagnie Fermière de la Grande-Chartreuse et les offrent aux moines.

Voilà donc les Chartreux à nouveau propriétaires de leur célèbre marque en 1929. La véritable liqueur de Chartreuse peut enfin faire son grand retour en France, pour balayer les pâles imitations qui sévissent encore. Les Pères et les Frères rouvrent les portes de Fourvoirie et la production reprend son cours. Tout du moins, jusqu'en 1935.

Cette année là, une nuit de décembre, un éboulement de terrain détruit la distillerie. Heureusement, les fûts stockés dans la grande cave n'ont pas été endommagés. Il faut toutefois délocaliser la production. Fait surprenant : le gouvernement français prête main forte aux moines, en les aidant à construire une nouvelle distillerie à Voiron, à 20 km du monastère.

En juin 1940, les Pères récupèrent officiellement la Grande Chartreuse, grâce au gouvernement de Vichy, alors favorable au retour des congrégations religieuses. Un an plus tard, une loi rend aux membres de l'Ordre leur statut de citoyens français. En 1970, les moines, débordés par les demandes, confient la gestion de leur marque à la société Chartreuse Diffusion.

  

Ep.14 : Aujourd'hui

Nous voilà en 2013, lorsque Emmanuel Delafon prend la tête de la société Chartreuse Diffusion. Il fait immédiatement face à un choix difficile : engager d'important travaux de mise aux normes de sécurité sur le site historique de Voiron, devenu trop vétuste, ou déménager toute la production ailleurs. C'est finalement cette seconde option qui est retenue.

Un an plus tard, l'ordre installe sa nouvelle distillerie à Aiguenoire, à 12 km de Grenoble. Il s'agit en quelque sorte d'une justice divine, puisque les moines cultivaient déjà ce lopin de terre en 1618 mais en avaient été chassés après la Révolution française. Le site d'Aiguenoire est le septième, officiellement inauguré le 30 août 2018 et toujours en activité aujourd'hui.

Quant à la recette de la Chartreuse, elle n'a pas changé depuis 1737. Elle se transmet oralement, et seules deux personnes la connaissent : le père Dom Benoît (chargé des relations extérieures) et le frère Jean-Jacques. Sur les 130 plantes qui composent la Chartreuse, un tiers pousse toujours dans la région des Alpes, mais les autres doivent être importées de l’étranger.

Certains ethnobotanistes ont pu lire la première page de la recette. Ils y ont trouvé des plantes comme la bétoine, la camomille, la lavande, la marjolaine, la sauge, ou encore le thym. Le reste demeure un mystère complet. Il paraît que des copies du manuscrit d'origine existent encore, cachées quelque part dans le monastère de la Grande Chartreuse...

Étiquette: Chartreuse, Histoire
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